Fin janvier, je pondais un édito au titre évocateur : « Désamour en rouge et noir ». Fin mars, j’ai, comme vous tous, enfin je le souhaite, retrouvé des couleurs, la fierté d’être Niçois. L’OGC Nice a en effet enchaîné trois victoires de suite en championnat. Sans encaisser un but ! Le maintien est (quasi)-assuré. Mieux, vu le calendrier de fin de saison (cinq réceptions), Nice, sur son actuelle dynamique, son esprit de groupe et sa solidarité retrouvée, peut espérer recoller aux alentours de la 10-12e place.
Que s’est-il passé durant ces deux mois ? Rien de spécial. Enfin si, la direction a remplacé son entraîneur novice et sorti des monts d’Auvergne, qui escagassait tout le monde depuis qu’il enchaînait les mauvais choix, par trois Niçois pur sucre (même si René Marsiglia est né à Aubagne, m’enfin bon, disons qu’il est naturalisé Nissarte). Un changement radical que réclamaient à corps et cris les supporteurs et internautes niçois. Un choix (nommer un technicien niçois) que très modestement j’avais, ici, évoqué en début de saison en privilégiant la piste locale (la seule à même de faire… l’unité !) pour gérer la période de transition jusqu’à la livraison du grand stade.
Pas question d’ostracisme dans mes propos, encore moins de racisme, mais la conviction qu’à Nice, comme à Marseille, Lyon, Strasbourg ou… Auxerre, Toulouse, Biarritz ou Perpignan en rugby, des clubs à fortes identités régionale et culturelle, on ne peut s’asseoir sur l’Histoire (avec un grand H). La nomination de DON était « un accident industriel », comme le disent les économistes. Il n’était non seulement pas l’homme (avec un petit h) de la situation, mais encore moins le technicien idoine pour tirer la quintessence de ce groupe doué, mais livré à lui-même, en manque de repères et de règles claires.
On n’apprivoise pas Nissa en deux mois. Ce n’est pas en bouffant des gnocchis une fois par semaine place Rossetti que l’on devient Niçois. DON a tenté de jouer le jeu, de défendre le maillot, des couleurs, une certaine fierté locale dans ses premiers discours, mais l’effet du beau communiquant a fait pschitt. Et le « technicien », secondé par un « Olionnais » (désolé pour ce pauvre jeu de mots) bien terne, s’est enlisé dans des choix sportifs catastrophiques. La cassure était inévitable. Avec son vestiaire, ses dirigeants et les supporters. Il n’avait plus qu’à se jeter dans le Paillon, le DON…
Finalement, en nommant Eric Roy, René Marsiglia et Frédéric Gioria, des types qui savent qu’il n’y a pas de riz dans la salade niçoise, la direction n’a pas pris un grand risque. Les Niçois, organisés à l’anglaise, comme disent les spécialistes, n’avaient qu’à rendre les entraînements plus ludiques, redonner de la fierté (et le sourire) à ce groupe, faire jouer une vraie concurrence, relancer des types comme Echouafni, Ben Saada ou Mounier, et le tour était joué. A Toulouse (0-2), Nice a bien manœuvré. A la fin, les Niçois évoquaient « un vrai groupe, motivé, solidaire » (Roy), « un collectif qui a pris le dessus » (Mounier), « la confiance retrouvée, des efforts récompensés » (Echouafni). Des mots nouveaux cette saison !
Il y a bien sûr le fameux choc psychologique qui a fonctionné, mais il y a aussi selon moi cette nouvelle envie du vestiaire (« Il fallait changer, la lassitude s’était installée », selon Julien Sablé) de se défoncer pour des gars du cru, qui ont tout connu sous le maillot rouge et noir, au discours simple et direct. « Les gars, on défend un club, une ville, des supporteurs, on se bouge le c…, on évolue en bloc, on pallie les fautes du copain sans lever les bras au ciel, bref, on joue au foot collectivement, simplement et sainement ». C’est le retour de la « Nissartitude » au Gym, au moment où l’on « fête » les 150 ans de l’annexion du Comté niçois à la France, drôle de paradoxe.
Je vibrais quand je voyais jouer les Cappadonna, Barraja, Barelli, Massa, Bruzzichezzi, Jannuzzi, Volpatti, Mattio, Mazzuchetti, Gioria, Vannucchi, Fugen, Calegari, Savini, Alberganti qui se défonçaient pour « leur » club. Ce n’était pas des artistes style Bocchi ou Bravo, mais ces Nissartes en avaient sous le maillot. Et craignaient dégun ! A la fin d’un match contre La-Roche-sur-Yon (eh oui, ça existe), c’était en D2, en 1984, je crois, j’avais mangé une pizza avec mon père et mon oncle, O Palermo rue Piétonne, aux côtés des Bruzzi, Amitrano, Mengual, Mège, Castagnino, les mecs avaient tapé la bise à toute la salle, qui avait repris en chœur « Nissa la Bella ». Autre temps, autres mœurs…
Dans le sport business, certains décideurs n’ont pas encore compris que le carnet de chèques ne réglait pas tout. Sans parler du Real Madrid ou de Chelsea, éliminés piteusement de la Champions league, ou du PSG, membre influent (dans la connerie) du « Big four » français, les plus grands clubs (du moins les plus riches) ont toujours du mal à comprendre qu’en sport, l’argent (certes, le nerf de la guerre) ne décide pas de tout : la dimension humaine reste prépondérante. Même avec le plus gros budget, ou les plus grandes stars, un club de foot n’est pas assuré de remplir ses objectifs.
Marseille l’a (enfin) compris cette saison :ils sont allés chercher Didier Deschamps (le Basque identifié Marseillais, même s’il crèche à Cap d’Ail), le capitaine qui a soulevé le dernier trophée gagné par l’OM, pour remporter après 17 ans de disette une nouvelle coupe, certes moins prestigieuse, mais fêtée par toute une ville. Bien vu : DD connaissait le club, son environnement et, surtout, avait l’adhésion du peuple marseillais qui s’identifie à lui. Où l’on en revient aux dimensions humaine et culturelle du sport. L’OL a le ticket Aulas-Lacombe, Gones pur souche, Auxerre respire le Chablis et la Bourgogne, du président à l’entraîneur des cadets nationaux, l’USAP a gagné son premier titre avec des Catalans à sa tête, le grand Toulouse est fidèle à Guy Novès, Biarritz a gagné avec le ticket Serge Blanco (président) et Patrice Lagisquet (entraîneur).
Et Nice a donc redressé la tête avec Roy, Marsiglia et Gioria. Le trio nissarte a tout connu sous le maillot du Gym, les joies et les peines, l’honneur et le déshonneur : la formidable saison 88/89 avec Nenad Bjekovic, les graves blessures (rupture du tendon d’Achille pour René), le fameux barrage Nice-Strasbourg (6-0), la

- 1997 Victoire en Coupe de France au Parc des Princes
descente (pour raisons économiques) et la ligue 2 avec le Gym (pour Marsiglia et Roy, qui a vécu aussi la folle aventure du retour en L1 sous l’ère Rohr), le dernier trophée (coupe de France 1997) soulevé par un capitaine niçois couronné par la saison de championnat la plus pourrie de l’histoire du Gym suivie des années galère sous l’ère Sensi (pour Gioria).
Ces gars-là savent donc de quoi ils parlent quand ils évoquent le maillot et le club. Une certaine forme d’identité niçoise. Même si, de nos jours, les Niçois sont de plus en plus rares dans l’effectif professionnel, ces techniciens du Countea de Nissa ont su insuffler un discours (Roy excelle dans ce domaine), une méthode efficaces. Du coup la compréhension est meilleure, l’adhésion est mutuelle. DON, ses tics, ses tocs, ses phrases bateau, portait le stress sur lui et le propageait à ses joueurs. Le trio niçois, lui, a redonné de l’élan. Un esprit de groupe, une alchimie qui ne demande qu’à être confirmée au Ray contre Sochaux. Et surtout dans le derby face à l’OM au Vélodrome.
Cela fait un bail, malheur, que les Niçois n’ont pas réussi un coup (une victoire 2-0 sous l’ère Antonetti), un vrai match d’hommes, plein et engagé contre leur prestigieux voisin. Le match sera en plus retransmis sur C+. Pour la première fois de la saison, le Gym sera mis en lumière par la chaîne cryptée. Alors si le Gym arrive au Vél’ avec quatre victoires d’affilée, de grands sourires et de beaux discours devant le micro de « Paga » et que l’équipe se montre unie et convaincante sur le pré, ce sera tout bénéfice pour Nice. La ville, le club, les supporteurs, notre « OGC Nice de toujours », comme l’a écrit en 1977 l’ami Roger Driès, dans le premier livre consacré à notre cher Gym, à Nissa toujou fidel…

Fin janvier, je pondais un édito au titre évocateur : « Désamour en rouge et noir ». Fin mars, j’ai, comme vous tous, enfin je le souhaite, retrouvé des couleurs, la fierté d’être Niçois. L’OGC Nice a en effet enchaîné trois victoires de suite en championnat. Sans encaisser un but ! Le maintien est (quasi)-assuré. Mieux, vu le calendrier de fin de saison (cinq réceptions), Nice, sur son actuelle dynamique, son esprit de groupe et sa solidarité retrouvée, peut espérer recoller aux alentours de la 10-12e place.
Pas question d’ostracisme dans mes propos, encore moins de racisme, mais la conviction qu’à Nice, comme à Marseille, Lyon, Strasbourg ou… Auxerre, Toulouse, Biarritz ou Perpignan en rugby, des clubs à fortes identités régionale et culturelle, on ne peut s’asseoir sur l’Histoire (avec un grand H). La nomination de DON était « un accident industriel », comme le disent les économistes. Il n’était non seulement pas l’homme (avec un petit h) de la situation, mais encore moins le technicien idoine pour tirer la quintessence de ce groupe doué, mais livré à lui-même, en manque de repères et de règles claires.
On n’apprivoise pas Nissa en deux mois. Ce n’est pas en bouffant des gnocchis une fois par semaine place Rossetti que l’on devient Niçois. DON a tenté de jouer le jeu, de défendre le maillot, des couleurs, une certaine fierté locale dans ses premiers discours, mais l’effet du beau communiquant a fait pschitt. Et le « technicien », secondé par un « Olionnais » (désolé pour ce pauvre jeu de mots) bien terne, s’est enlisé dans des choix sportifs catastrophiques. La cassure était inévitable. Avec son vestiaire, ses dirigeants et les supporters. Il n’avait plus qu’à se jeter dans le Paillon, le DON…
Finalement, en nommant Eric Roy, René Marsiglia et Frédéric Gioria, des types qui savent qu’il n’y a pas de riz dans la salade niçoise, la direction n’a pas pris un grand risque. Les Niçois, organisés à l’anglaise, comme disent les spécialistes, n’avaient qu’à rendre les entraînements plus ludiques, redonner de la fierté (et le sourire) à ce groupe, faire jouer une vraie concurrence, relancer des types comme Echouafni, Ben Saada ou Mounier, et le tour était joué. A Toulouse (0-2), Nice a bien manœuvré. A la fin, les Niçois évoquaient « un vrai groupe, motivé, solidaire » (Roy), « un collectif qui a pris le dessus » (Mounier), « la confiance retrouvée, des efforts récompensés » (Echouafni). Des mots nouveaux cette saison !
Je vibrais quand je voyais jouer les Cappadonna, Barraja, Barelli, Massa, Bruzzichezzi, Jannuzzi, Volpatti, Mattio, Mazzuchetti, Gioria, Vannucchi, Fugen, Calegari, Savini, Alberganti qui se défonçaient pour « leur » club. Ce n’était pas des artistes style Bocchi ou Bravo, mais ces Nissartes en avaient sous le maillot. Et craignaient dégun ! A la fin d’un match contre La-Roche-sur-Yon (eh oui, ça existe), c’était en D2, en 1984, je crois, j’avais mangé une pizza avec mon père et mon oncle, O Palermo rue Piétonne, aux côtés des Bruzzi, Amitrano, Mengual, Mège, Castagnino, les mecs avaient tapé la bise à toute la salle, qui avait repris en chœur « Nissa la Bella ». Autre temps, autres mœurs…
Dans le sport business, certains décideurs n’ont pas encore compris que le carnet de chèques ne réglait pas tout. Sans parler du Real Madrid ou de Chelsea, éliminés piteusement de la Champions league, ou du PSG, membre influent (dans la connerie) du « Big four » français, les plus grands clubs (du moins les plus riches) ont toujours du mal à comprendre qu’en sport, l’argent (certes, le nerf de la guerre) ne décide pas de tout : la dimension humaine reste prépondérante. Même avec le plus gros budget, ou les plus grandes stars, un club de foot n’est pas assuré de remplir ses objectifs.
Marseille l’a (enfin) compris cette saison :ils sont allés chercher Didier Deschamps (le Basque identifié Marseillais, même s’il crèche à Cap d’Ail), le capitaine qui a soulevé le dernier trophée gagné par l’OM, pour remporter après 17 ans de disette une nouvelle coupe, certes moins prestigieuse, mais fêtée par toute une ville. Bien vu : DD connaissait le club, son environnement et, surtout, avait l’adhésion du peuple marseillais qui s’identifie à lui. Où l’on en revient aux dimensions humaine et culturelle du sport. L’OL a le ticket Aulas-Lacombe, Gones pur souche, Auxerre respire le Chablis et la Bourgogne, du président à l’entraîneur des cadets nationaux, l’USAP a gagné son premier titre avec des Catalans à sa tête, le grand Toulouse est fidèle à Guy Novès, Biarritz a gagné avec le ticket Serge Blanco (président) et Patrice Lagisquet (entraîneur).
Et Nice a donc redressé la tête avec Roy, Marsiglia et Gioria. Le trio nissarte a tout connu sous le maillot du Gym, les joies et les peines, l’honneur et le déshonneur : la formidable saison 88/89 avec Nenad Bjekovic, les graves blessures (rupture du tendon d’Achille pour René), le fameux barrage Nice-Strasbourg (6-0), la
descente (pour raisons économiques) et la ligue 2 avec le Gym (pour Marsiglia et Roy, qui a vécu aussi la folle aventure du retour en L1 sous l’ère Rohr), le dernier trophée (coupe de France 1997) soulevé par un capitaine niçois couronné par la saison de championnat la plus pourrie de l’histoire du Gym suivie des années galère sous l’ère Sensi (pour Gioria).
Ces gars-là savent donc de quoi ils parlent quand ils évoquent le maillot et le club. Une certaine forme d’identité niçoise. Même si, de nos jours, les Niçois sont de plus en plus rares dans l’effectif professionnel, ces techniciens du Countea de Nissa ont su insuffler un discours (Roy excelle dans ce domaine), une méthode efficaces. Du coup la compréhension est meilleure, l’adhésion est mutuelle. DON, ses tics, ses tocs, ses phrases bateau, portait le stress sur lui et le propageait à ses joueurs. Le trio niçois, lui, a redonné de l’élan. Un esprit de groupe, une alchimie qui ne demande qu’à être confirmée au Ray contre Sochaux. Et surtout dans le derby face à l’OM au Vélodrome.
Cela fait un bail, malheur, que les Niçois n’ont pas réussi un coup (une victoire 2-0 sous l’ère Antonetti), un vrai match d’hommes, plein et engagé contre leur prestigieux voisin. Le match sera en plus retransmis sur C+. Pour la première fois de la saison, le Gym sera mis en lumière par la chaîne cryptée. Alors si le Gym arrive au Vél’ avec quatre victoires d’affilée, de grands sourires et de beaux discours devant le micro de « Paga » et que l’équipe se montre unie et convaincante sur le pré, ce sera tout bénéfice pour Nice. La ville, le club, les supporteurs, notre « OGC Nice de toujours », comme l’a écrit en 1977 l’ami Roger Driès, dans le premier livre consacré à notre cher Gym, à Nissa toujou fidel…